Épreuve synthèse de programme (ESP)

La documentation suivante est un extrait des pages 21 à 26 de l’essai de Maîtrise en enseignement au collégial de Catherine Boulanger de 2014. Un outil de validation de l’épreuve synthèse d’un programme d’études collégiales a également été publié en marge de cet essai.

1.1 L’historique

En 1993, le MELS, propose à l’ensemble des collèges d’enseignement général et professionnel (CÉGEP) d’intégrer aux différents programmes d’études, une activité synthèse des apprentissages. En hiver 1998, l’ÉSP devient obligatoire pour tous les programmes et sa réussite, une des conditions d’obtention du Diplôme d’enseignement collégial (DEC). Le Ministère par l’imposition de l’ÉSP pour chacun des programmes collégiaux a suscité beaucoup d’émois. Dorénavant, les collèges ont le devoir d’ajouter à la PIEA une nouvelle exigence à la sanction des études, soit l’ÉSP. L’ÉSP est intégrée au programme d’études et se situe à l’intérieur d’un cours de la formation spécifique, à la fin du parcours de formation. On nomme ce dernier, le cours porteur de l’ÉSP.

L’association de l’ÉSP à un cours porteur a lieu d’abord pour des raisons de financement. Ce lien a été établi pour répondre, entre autres, aux préoccupations liées à l’affectation des ressources. Le Conseil supérieur de l’éducation (2004) reprend un énoncé de la Centrale de l’enseignement du Québec (1993), il précise que les représentants syndicaux voulaient que les épreuves viennent sanctionner des activités d’intégration auxquelles seraient attachées des unités de formation.

La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) souscrivait, elle aussi, à cette idée en précisant qu’il devait s’agir de «cours d’activité synthèse» pourvu qu’ils soient soutenus par des ressources. (p. 52)

Il arrive que l’obtention de la note de passage pour ce ou parfois ces cours porteurs, constitue en soi, la réussite de l’ÉSP. Toutefois, il ne s’agit pas de la seule forme possible que peut prendre l’ÉSP. Certains programmes ont plutôt choisi d’intégrer à l’intérieur du cours porteur une activité d’évaluation bien spécifique qui doit témoigner de l’atteinte de certaines compétences visées par le programme de formation. Dans ce cas, le résultat obtenu pour cette activité d’évaluation constitue la note de l’ÉSP et correspond alors à une portion de la pondération globale du cours porteur.

Les enseignantes et les enseignants ont dû réfléchir et se positionner sur la forme qu’ils souhaiteraient pour l’ÉSP dans leur programme d’études respectif et parfois concevoir, comme il a été expliqué précédemment, une toute nouvelle activité d’évaluation ayant pour objectif de sanctionner la réussite du programme d’études. Malheureusement, la tâche fut plus complexe qu’elle le présageait.

1.2 La définition de l’épreuve synthèse de programme

L’imposition de l’ÉSP aux établissements collégiaux se réalise sans plus de précision sur les modalités d’instauration et d’application. Plusieurs enseignantes, enseignants, pédagogues, conseillères, conseillers pédagogiques se sont alors penchés
sur ce que devrait être l’ÉSP. De nombreuses définitions ont été inspirées des textes de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (CEEC). Le cadre de référence présenté par la CEEC a influencé les réflexions des enseignantes, des
enseignants, des conseillères et conseillers pédagogiques et de la direction des collèges, pour qu’ils puissent voir à l’application et la mise en œuvre de l’ÉSP, et ce, pour chacun des programmes d’études collégiales. Certains auteurs ont proposé une définition de l’ÉSP dans le but de mieux guider son application.

L’ÉSP est une activité d’évaluation sommative qui a pour fonction d’attester, au terme du programme, le niveau de développement des compétences terminales, en tant que résultat de l’intégration, par l’élève, des apprentissages essentiels réalisés dans le programme. (p. 319)

Cette définition présente les grandes lignes de ce que devrait être l’activité synthèse d’un programme d’études. Laliberté (1995) ajoute une nouvelle dimension à la définition de D’Amour (1997b). Il précise que l’ÉSP doit attester de la capacité d’agir dans des situations réelles d’un technologue ou technicien. Il propose la définition suivante :

L’ÉSP doit attester que l’élève a réalisé l’intégration des apprentissages essentiels du programme; attester que l’élève a la capacité de faire face à des situations réelles […] de résoudre des problèmes et d’assumer des tâches complexes qui sont en rapport avec les compétences visées à travers le programme. […] L’ÉSP doit porter sur la composante formation spécifique et la composante formation générale du programme d’études. (p. 21)

L’intégration et la résolution de problème sont deux concepts qui furent aussi repris plus récemment par Marcotte et Sabourin (2001). Ceux-ci spécifient que dans une «approche par compétences, l’ÉSP vise à vérifier l’intégration des apprentissages, en plaçant les étudiantes ou les étudiants devant une situation problème complexe et réelle où ils doivent démontrer leurs compétences» (p. 11).

Ces deux définitions viennent renforcer la pensée en ce qui a trait à l’ÉSP d’un programme d’études. Elle doit refléter une activité professionnelle réelle et correspondre aux tâches de travail du futur diplômé. Elle doit toutefois être assez complexe et permettre à l’étudiante et l’étudiant de démontrer qu’il est en mesure de réinvestir ses savoirs pour accomplir une tâche représentative de la vie courante. La résolution de diverses situations problématiques nécessitant de conjuguer pensée critique, habiletés langagières et la régulation sur l’action, démontre, l’association qui existe entre la formation générale4 du programme d’études et la formation spécifique5 . Le programme d’études assure autant le développement personnel et professionnel du futur technologue. Les responsables des programmes ont l’obligation de définir les valeurs auxquelles le technologue doit souscrire pour évoluer au sein d’une équipe de travail, d’une l’entreprise, ou de la société. C’est une notion qui est considérée importante et qui fut explorée, par Côté (2003).

L’élève doit composer sa vie à partir de connaissances, d’attitudes, de valeurs, d’habiletés techniques, et d’habiletés génériques qu’il acquiert dans sa famille, dans la société, mais aussi à l’école, tant dans ses cours de formation générale que dans ses cours de formation spécifique. (p. 22)

À partir de ces définitions, il est possible de mieux prévoir ce que doit être l’ÉSP au collégial. Il est à noter qu’il s’agit du mandat des collèges d’assurer une compréhension juste de ce dont on s’attend comme ÉSP dans les différents programmes d’études qu’ils offrent.

1.3 L’épreuve synthèse de programme dans les collèges

Voyons maintenant comment le MELS a mis de l’avant cette nouvelle règlementation dans les établissements collégiaux. Howe (2005) présente les énoncés ministériels qui ont annoncé aux collèges qu’ils devaient dorénavant se doter d’une ÉSP.

À la suite de l’adoption de ses mesures de renouveau de l’enseignement collégial en 1993, le ministère de l’Éducation a modifié certains articles du Règlement sur le régime des études collégiales (RREC). Tout particulièrement, l’article 25 du RREC nous apprenait que les collèges allaient devoir créer des ÉSP. (p. 94)

L’article 25 du RREC précise aussi que les collèges ont l’obligation de proposer une PIEA dans laquelle les modalités d’application de l’ÉSP y sont mentionnées.

Le collège adopte […] une politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages des étudiants et s’assure de son application. La politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages doit notamment prévoir […] l’imposition d’une épreuve synthèse propre à chaque programme conduisant au diplôme d’études collégiales dispensé par le collège afin de vérifier l’atteinte par les étudiants de l’ensemble des objectifs et des standards déterminés pour ce programme.

Le MELS ajoute dans l’article 32, de la version 1995 du RREC, que cette épreuve devient aussi l’une des trois exigences de sanction des études :

Le ministre décerne le diplôme d’études collégiales à l’étudiant qui […] a atteint l’ensemble des objectifs et des standards du programme auquel il est admis, a réussi l’épreuve synthèse propre à ce programme et, le cas échéant, a réussi les épreuves uniformes imposées par le ministre.

Cette annonce aux établissements d’enseignement collégiaux dans le cadre du renouveau pédagogique impliquait un changement important dans la pratique collégiale. L’énoncé ministériel mentionne que «cette épreuve serait sous la responsabilité du collège et gérée selon les dispositions de la PIEA» (Gouvernement du Québec, 1995, p. 26).

La CEEC (1994) précise que l’ÉSP est encadrée par a) la PIEA, b) le Règlement sur la commission des études, c) le RREC, mais aussi par d) la Loi sur les collèges d’enseignement général et professionnel, e) la Loi sur la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial et finalement f) les décisions du ministre. Il s’agit des principales indications concernant l’implantation de l’ÉSP. La définition de l’ÉSP fut revue en 2012 par la CEEC sans toutefois que l’essence de celle-ci soit modifiée.

Cette épreuve vise essentiellement à attester de l’intégration des apprentissages réalisés dans l’ensemble d’un programme, y compris les intentions éducatives de la formation générale. La conception de cette épreuve prend en compte les objectifs et les standards déterminés par le ministre et le profil de sortie conséquent déterminé par l’établissement pour les futurs diplômés. Elle peut prendre des formes variées et être située dans une activité d’apprentissage en fin de programme. Cependant, les dimensions évaluation et synthèse doivent être explicites.(CEEC, 2012, p. 10)

L’ÉSP est propre à chaque programme et elle est nécessaire à l’obtention du diplôme d’études collégiales. L’équipe programme doit déterminer la nature de l’activité 6 , les compétences ciblées, les modalités d’encadrement et d’évaluation. Elle
varie en fonction des établissements, des programmes, elle est élaborée localement et suscite une réflexion en profondeur. Il est possible que la réussite du cours porteur égale la réussite de l’ÉSP. Certains programmes ont choisi de dissocier l’ÉSP de la
réussite du cours porteur ou d’une partie du cours. Cela varie beaucoup en fonction des programmes d’études.

Selon les conseillères et les conseillers pédagogiques du collège Ahuntsic, l’imposition de l’activité d’évaluation synthèse a exigé de dégager les caractéristiques essentielles de la discipline, de revoir l’analyse de la fonction de travail du futur technologue et, pour certains, de créer un profil de sortie.